J’ai suffisamment blâmé, ici même, le manque de civisme de
certains vis-à-vis des personnes en situation de handicap (notamment dans les
transports en commun) que je ne vais pas tancer ceux qui sont « coupables »
d’excès de bienveillance. Mais à la lumière d’une anecdote récemment vécue,
juste faire prendre conscience qu’un peu trop de prévenance peut parfois être
contre-productif.
La scène se déroule un samedi après-midi, en plein cœur de
Paris. Pour la première fois, je m’apprête à devenir bénévole sur une course. L’occasion
de vivre l’envers du décor et apporter mon aide dans un contexte où les courses
sont de plus en plus compliquées à organiser. Une façon aussi de regoûter à l’ambiance
de la course à pied pendant mon repos forcé. Une ambiance plus authentique que
les courses sponsorisées par de grandes marques.
Quelques semaines avant, j’avais donc proposé mes services à
l’organisateur afin de donner un coup de main sur les inscriptions. Une offre qu’il
accepte avec plaisir car on sait qu’il n’est pas toujours évident de trouver
des bonnes âmes prêtes à « sacrifier » une demi-journée voire plus
sans contrepartie. Une impression confirmée par ses relances régulières par
mail me demandant si je ne connaissais pas des gens qui pourraient venir en
renfort.
Avec 10 minutes de retard sur l’heure prévue, j’arrive enfin
sur place avec un certain enthousiasme. Les premiers bénévoles commencent déjà
à s’affairer. J’interpelle l’un d’entre eux pour me présenter et lui demander ce
que je peux faire. Me voyant avec mes béquilles, il se tâte et me propose, lorsque
le stand sera en place, de m’asseoir en bout de table pour délivrer les
dossards. Cela me convient.
Pour ne pas rester les bras (ou les béquilles) croisés, je propose d’aider à porter les cartons contenant tee-shirts et dossards. Certes, je serai moins rapide mais mon état me permet de le faire sans aucun souci. Mais là, on me dit « non, non, repose-toi, ne t’inquiète pas. » Avant de m’apporter une chaise. Bien… Alors je prends les devants et je me sens presque obligé de ruser pour devancer les besoins et prouver que je ne suis pas totalement infirme. Comme déplacer une tente (« attention à toi hein ») ou aider un jeune bénévole qui avait du mal à utiliser un dévidoir de ruban adhésif. Accessoire nécessaire pour entourer les tables avec les bâches de l’événement.
Parfois, ça flotte un peu. Je suggère alors quelques idées pendant
que de nouvelles bénévoles arrivent et s’installent directement aux tables, se
répartissant tous les postes : nouvelles inscriptions, distribution des
dossards et des tee shirts… Ah il n’y a pas de briefing ? OK. On me propose,
de nouveau, de m’asseoir car je « dois
être sûrement fatigué. » Bah… non car après avoir expliqué mon
accident, j’ai déjà répété 3 fois que ça allait et que bouger n’était pas
contre-indiqué, bien au contraire. Et que mes mains ainsi que mon cerveau
fonctionnaient à 100% (enfin, je crois).
Mais rien à l’horizon,
alors avec une autre bénévole (une première pour elle aussi), on se décide à
distribuer des prospectus pour gratter de nouvelles inscriptions. Pas évident dans
un quartier assez touristique et… sous une fine pluie qui arrive au bout d’une
demi-heure. C’est alors que ma « collègue de prospectus » me recroise :
« on t’a proposé à manger ? » Bah non… car il n’y avait plus de
place sous les tentes des inscriptions.
Manifestement, malgré les inquiétudes de l’organisateur, on
était beaucoup trop nombreux.
Dès lors, avec une autre bénévole (une première pour elle
aussi), on se met à distribuer des prospectus pour gratter de nouvelles
inscriptions. Pas évident dans un quartier assez touristique et… sous une fine
pluie qui arrive au bout d’une demi-heure. Retour à la tente… ou plutôt à côté
vu qu’il n’y avait plus de place. Je finis mon sandwich jambon sous un porche à
proximité, je papote un peu avec ma « collègue de prospectus » que je
salue avant de filer à l’anglaise. De toute façon, ma présence ou mon absence ne
changera rien.
Bilan de cette première expérience : de la déception,
vous l’aurez deviné. Mais pas d’aigreur ou de colère car il n’y avait
absolument pas de méchanceté, tout juste une « mauvaise gestion des flux ».
De plus, je prends cela avec du recul car ma situation est temporaire et que je
retrouve progressivement mes facultés motrices. Cependant, pas sûr que j’aurais
réagi avec autant de philosophie si mon handicap avait été permanent. Se sentir
inutile et se voir sans cesse rappeler son handicap est assez désagréable. Et presque
(le mot est fort) humiliant, surtout lorsqu’on sait qu’on est capable de faire
certaines choses.
Double moralité :
-
Mieux vaut proposer ses services sur des courses
qui ont des besoins bien identifiés et sur des postes précis. Surtout si on est
un petit nouveau.
-
Plutôt que d’imposer, il est toujours mieux d’écouter.
Rien de plus agaçant que d’interpréter à la place des gens qui se connaissent
un minimum. Que ce soit leurs forces ou leurs faiblesses.
Mais pour finir sur une bonne note, je vous ai dit que j’avais
dépassé les 100 degrés de flexion ? Ce n’est pas la panacée mais cela
permet au moins de monter normalement des marches et, trois mois après l’accident,
d’abandonner une des deux béquilles. En revanche, la descente des marches est
encore un peu périlleuse et se fait très lentement, avec la main près de la
rampe pour sécuriser (et toujours une béquille). La raison : un quadriceps
droit devenu fainéant, vu qu’il a été beaucoup moins sollicité. Remuscler cette
cuisse, c’est le prochain objectif. En parallèle, bien sûr, de la poursuite du
travail de flexion, pour gagner en amplitude. On ne lâche rien !

Commentaires
Enregistrer un commentaire