Le premier jour du reste de ma vie



J’aurais préféré faire mon premier billet sur un événement plus joyeux que cette grosse tuile vécue alors que j’effectuais la meilleure saison de ma (courte) carrière running. Le plus rageant, c’est que cet accident est arrivé en faisant… du saut en longueur. Une activité que je n’avais pas pratiquée depuis des plombes et à laquelle je me suis essayé, invité par l’un des sponsors de la fédé d’athlétisme.
Source : Wikimedia Commons
Les conditions n’étaient pas trop dégueu malgré le cagnard : un ciel dégagé, un cadre prestigieux (le stade Charléty à Paris) et une ancienne championne du monde (Eunice Barber) pour nous « encadrer » dans ce triathlon qui comprenait également du lancer de poids et un 400m. Deux « influenceurs » (j’avoue, je ne les connaissais pas) et deux autres journalistes sont de la partie.

L’accident


Comme le timing est serré, l’échauffement est rapidement expédié : un tour de terrain, quelques gammes et yalla ! Avant le début de la « compétition », c’est le moment de prendre ses marques sur le sautoir. Premier essai : je piétine avant l’impulsion pour ne pas « mordre. » Je recule alors de quelques pas et pour y aller plus franchement lors du second essai.

Et là, terrible manque de bol : mon pied d’appui glisse sur la plasticine au moment de l’impulsion et mon genou part. Je me retrouve dans le bac à sable, un peu sonné car je sens qu’il s’est passé un truc grave sans pour autant sentir de vive douleur… Ah si, dès lors que j’essaie de plier un peu le genou, je vois que la rotule n’est pas à sa place habituelle et ça fait un mal de chien !

Les bénévoles FFA – et grand merci à eux – me demandent de ne pas bouger en attendant l’arrivée de la protection civile (je ne risquais pas d’aller bien loin vu mon état). Au bout d’une dizaine de minutes, je suis évacué sur une chaise médicalisée. 
A ce moment-là, je sais que c’est définitivement râpé pour le 10km des Foulées d’Ile-de-France du lendemain (course qui devait clore ma première partie de saison). Ce qui m’inquiète, c’est surtout de savoir quelle serait l’ampleur des « dégâts. » D’après un premier médecin, c’est une luxation du genou. D’après lui, mon genou va se remettre progressivement en place et je pourrai de nouveau courir au bout de quelques semaines.

Sur le coup, on ne va pas se mentir, cela me rassure. Pourtant, je ne peux absolument pas lever la jambe et mon genou me fait de plus en plus mal. Mais avant que le médecin file au stade pour le meeting, il me certifie qu’il faut aller au-delà de l’appréhension car, selon lui, je peux poser le pied et rentrer chez moi. Je résume la situation à ma compagne qui était en route. Sa première réaction ?
Malgré tout, je me décide donc de me lever…  et dès que je plie un peu le genou droit, une douleur intense m’envahit et je manque de m’écrouler. Les équipes de la protection civile me remettent en position couchée. Un second médecin (le chef de l’équipe médicale) arrive, beaucoup plus pessimiste à la vue de mon genou : « je ne peux pas vous laisser comme ça : on vous envoie aux urgences. » Il me prescrit un arrêt de travail, des séances de kiné, des béquilles et des antidouleurs avant de me lancer, grimaçant : « bon courage car ça risque d’être long. »

Le passage sur le billard


3h30 après l’accident, je me retrouve à la Pitié-Salpêtrière. Salle d’attente bondée, locaux vieillots, personnel débordé, odeurs nauséabondes de vomi voire d’excréments amplifiés par la chaleur : un bon-heur. Je sympathise avec un patient victime de multiples fractures après un accident de wakeboard en Guadeloupe 4 jours auparavant et rapatrié en métropole : il patiente depuis 10h dans l’attente d’une intervention ! Pour ma part, je passerai une radio au bout de sept heures. Verdict : rupture du tendon rotulien. La catastrophe car cela signifie plusieurs mois sans course à pied.

L’opération est inévitable mais on me prévient que si je reste, j’aurai au moins… 3 jours d’attente dans le couloir des urgences, faute de chambre disponible (!!!) et que le mieux serait que je trouve une solution par moi-même ! Aidé par ma compagne et un autre patient, je quitte donc péniblement l’établissement avec une attelle gracieusement offerte par l’hôpital (mais sans béquilles, plus disponibles) et en taxi.
Le lendemain, sur les conseils d’amis, on opte pour l’hôpital franco-britannique de Levallois-Perret. Deuxième salle, deuxième ambiance : des locaux de qualité, une attente raisonnable et, surtout, une équipe médicale très bienveillante. En 4 heures, j’ai pu faire une radio (confirmant malheureusement la rupture du tendon rotulien), voir un médecin et programmer une intervention dès le lendemain, 48h donc après l’accident.

Le matin de l’opération, le stress était à son paroxysme même si j’essayais de ne pas trop le montrer à ma compagne. Une intervention chirurgicale, ce n’est pas anodin. Après discussion avec l’anesthésiste, je choisis l’option de l’anesthésie générale de peur d’être perturbé par des bruits parasites lors de l’acte. Puis c’est au tour des praticiens de passer dans la chambre afin de m’expliquer comment se déroulera l’intervention (et de me confirmer que je dois oublier la course à pied pour 2018).

En début d’après-midi, on me dirige vers le bloc opératoire : pose de la perfusion puis masque à oxygène. Le personnel discute avec moi pour me faire penser à des choses positives avant que je me plonge dans un profond endormissement.

La phase post-opératoire


Moins de deux heures plus tard, je suis en salle de réveil : je suis un peu dans le pâté, le genou pique (on me donne des antalgiques) et je n’ose pas le bouger. De toute façon, j’aurai interdiction de le plier pendant… 45 jours ! On me remonte dans ma chambre où je peux enfin boire et manger, accueilli par ma compagne ce qui me redonne le sourire. Après une nuit dans l’établissement, quelques cours de « béquillage » avec le kiné et différentes ordonnances, je sors de l’hôpital, non sans avoir chaleureusement remercié le personnel, remarquable. L’épreuve est passée.

Enfin, c’est ce que je croyais. Comme dirait Jacques Chirac : « les merdes, ça vole toujours en escadrilles. » Et ça n’a pas loupé avec un mollet droit qui gonflait anormalement à mes yeux, malgré la piqûre quotidienne d’anticoagulant. Je pars consulter mon médecin traitant qui m’envoie faire une échographie Doppler confirmant ses craintes : j’ai une phlébite.
Le caillot de sang dans l’une des veines de ma jambe étant flottant, il m’envoie immédiatement aux urgences en me demandant de ne plus bouger la jambe : « le risque, c’est que le caillot remonte et que ça dérive en embolie pulmonaire. » Sympa… j’oublie donc mon voyage en Grèce (mais j’avoue que ce moment-là, je crains surtout pour ma santé) et je repars pour une nouvelle hospitalisation de trois jours. Après une nouvelle batterie d’examens, je suis autorisé à sortir. Les cachets ont remplacé les piqûres d’anticoagulant (youpi) et il va falloir porter des bas de contention pendant plusieurs mois.

L’avenir


Le soutien sans faille de ma compagne a été évidemment essentiel et précieux pour me maintenir moralement à flot (et physiquement debout) dans cette difficile épreuve. Les appels ou les SMS de mes (vrais) amis m’ont donné du baume au cœur. Les messages d’encouragement de parfaits inconnus sur un forum de runners m’ont tiré quelques larmes. Même chose sur Instagram où les mots cool du « microcosme running » (et en dehors) se sont amoncelés… y compris d’un des influenceurs de ce triathlon avec lequel je n’aurais pas eu le temps de faire vraiment connaissance. Quant à l’autre ? Elle ne mérite même pas que je m’y attarde, sûrement trop occupée à « poser ». 
Désormais, il s’agit de réussir mon défi sportif le plus compliqué : retrouver mon niveau. La pente sera longue et ardue, sans garantie de réussite. Mais comme cela a toujours été le cas dans ma vie personnelle et professionnelle, je mettrai tout en œuvre pour y parvenir, avec l’appui de mes proches. Comme dirait mon pote sprinter Momo (qui a déjà connu de multiples blessures) : « tu as connu ta première grosse blessure, tu es un authentique sportif maintenant ! »

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